07/03/2026 06:33
Sous les yeux de près de 15 000 Français, les Bleus défient des Écossais inconstants, mais toujours redoutables, autant pour la victoire dans le Tournoi que pour entretenir leurs rêves de Grand Chelem Il paraît que le whisky et la bière rapprochent les hommes à Édimbourg. À l’heure des smoothies veggies, il faut certainement avoir éprouvé les soirées d’hiver à l’ombre de Castle Rock pour saisir toute la subtilité de l’assertion. La grande transhumance des quelque 15 000 supporters français attendus dans la capitale écossaise n’est pourtant pas uniquement guidée par la volonté de rompre, le temps d’un week-end, avec un régime détox. Sur le même sujet Écosse - France. « Ils ont cette créativité en eux » : Jalibert - Russell, le face-à-face des ouvreurs magiciens LE DUEL - Le match entre l’Écosse et la France mettra aux prises deux des ouvreurs les plus spectaculaires de la planète rugby. Décryptage avec l’ancien numéro 10 des Bleus Yann Delaigue (20 sélections) Ce flot tricolore s’annonce franchouillard et braillard. Autant attiré par l’ambiance fiévreuse des pubs dans lesquels la « Goffa Lolita » pourrait résonner jusqu’à la nausée que par l’architecture des façades de granit et de grès. Mais ses proportions inédites s’expliquent d’abord par la croissance exponentielle du petit sentiment d’euphorie baignant la France dans ce Six-Nations.À mesure que les coéquipiers d’Antoine Dupont ont empilé les succès bonifiés face à l’Irlande (36-14), le pays de Galles (12-54) et l’Italie (33-8), une petite chanson a gagné en intensité. Sourde à la mesure qu’impose la réalité de ce qu’ont produit les Bleus jusqu’à présent, aussi enivrante qu’un « Flower of Scotland » à Murrayfield, elle chante les rêves de Grand Chelem pour une équipe qui n’a besoin « que » d’une victoire bonifiée pour s’assurer d’un doublé dans ce Tournoi. Avant même la dernière journée, ce serait une première.« Je sens une conscience aussi. Parce qu’on sait qu’on peut perdre à Édimbourg »Les difficultés observées face à l’Italie rappellent que la nuance est pourtant nécessaire. Reléguant beaucoup trop rapidement ce voyage en Écosse, toujours piégeux, et la réception de l’Angleterre au rang des affaires courantes, ce refrain porte en lui un piège évident. Sur le même sujet XV de France. Vitesse, plaquage, rucks : la défense, l’autre talent de Louis Bielle-Biarrey Réputé pour son poids offensif considérable, « LBB » se distingue aussi par une présence défensive appréciable, qui sera mise à l’épreuve à Murrayfield Souviens-toi 2020…S’il a vanté la douceur de la ferveur ambiante, Fabien Galthié n’a pas oublié d’en souligner les effets anesthésiants avant d’affronter des Écossais qui, eux aussi, peuvent encore s’imposer dans cette compétition. « Chez les joueurs, je sens une grande ambition assumée », a-t-il glissé : « Mais je sens une conscience aussi. Parce qu’on sait qu’on peut perdre à Édimbourg. »À l’heure de battre le pavé de la cité qui a vu naître Conan Doyle, cette conviction n’est pas que préventive. Elle se base sur des preuves irréfutables. Avec neuf confrontations face à cet adversaire depuis 2020, le sélectionneur ne manque pas d’éléments à verser au dossier. C’est pourtant la première des quatre défaites qu’il a concédées face aux Écossais qu’il a choisi d’exhumer au soir de la victoire contre l’Italie : « On avait été très bien reçus après trois victoires. » Un euphémisme.À l’époque déjà, ses joueurs abordaient la 4e journée du Tournoi. Et à l’époque aussi, l’expression « Grand Chelem » avait été dégainée. Au terme d’un match au cours duquel tout était allé de travers – hormis le poing de Mohamed Haouas vers le nez de Jamie Ritchie… – cette petite musique avait été gâchée par les grincements les plus stridents d’un air de cornemuse. Preuve qu’une « Marseillaise », même hurlée par des milliers de gorges déployées comme elle l’avait été ce jour-là, n’est pas un gage de succès…Pour s’être imposés à deux reprises lors des trois voyages qu’ils ont eus à faire à Murrayfield depuis 2020 dans le Six-Nations, les Bleus ont appris depuis longtemps que la promiscuité des vestiaires n’est pas le seul écueil à déjouer. Capable du pire en Italie (18-15), inspirée face à l’Angleterre (31-20), dominée mais victorieuse à Cardiff (23-26), l’Écosse fait preuve d’une insondable irrégularité chronique. Probablement revigorés par la semaine de repos, ses atouts restent cependant toujours les mêmes. Sur le même sujet « J’ai appris à me débrouiller » : arrivé seul à 13 ans de Futuna, Yoram Moefana raconte ce grand saut dans l’inconnu Si Yoram Moefana est désormais titulaire en équipe de France, il le doit pour beaucoup à sa décision de quitter Futuna pour rejoindre la Métropole à l’âge de 13 ans seulement. Le centre international de l’UBB (25 ans, 37 sélections) raconte ce bouleversement « On est ambitieux »Une activité permanente et une ligne de trois-quarts épousant le caractère fantasque de Finn Russell et la puissance de Sione Tuipulotu. « Au niveau des 10, 12, 13, et je pourrais même rajouter les ailiers et l’arrière, elle est peut-être même la meilleure équipe du Tournoi », a vanté Fabien Galthié : « En tout cas au Royaume-Uni. » La précision géographique n’est pas neutre. Si ce rendez-vous à valeur de révélateur, les Bleus ne font aucun complexe. « On sait pourquoi on va à Édimbourg : parce qu’on est ambitieux », a insisté le sélectionneur. Il n’y a aucune raison de ne pas l’être.« Dans le Tournoi, chaque défi qui s’annonce devient le plus difficile »Dans un copier-coller de la formule adoptée face à l’Irlande, le repositionnement de Charles Ollivon et Mickaël Guillard en deuxième ligne, comme celui de Yoram Moefana et Nicolas Depoortere au centre, trahit la volonté de répondre au volume de jeu qui sera proposé. Un objectif bien servi par le retour de Matthieu Jalibert. L’empoignade pourrait devenir débridée. Mais Louis Bielle-Biarrey et Antoine Dupont s’épanouissent aussi dans ces cas-là…À mesure que les journées s’égrènent dans ce Tournoi, la pression s’invite. L’air se raréfie. « Chaque défi qui s’annonce devient le plus difficile », a insisté Fabien Galthié. Vrai. Mais pour peu que la mêlée retrouve son assise, ce XV de France a tout pour communier avec ses supporters. Avant même de songer à partager le moindre verre dans la nuit d’Édimbourg
